Actrices majeures de notre jeu, les crosses ou bâtons en anglais, nous permettent de nous propulser sur la glace, mais aussi de manier le palet, de shooter ou faire des passes, et ce, des deux mains. La crosse droite est différente de la gauche, car les deux ont des courbures de palettes qui tendent vers l’intérieur afin de faciliter la conservation du palet lors du maniement et d’accélérer le palet lors d’une passe ou d’un shoot.
J’ai enfin plus tester plusieurs marques et versions de crosses dans un programme de test viable, valide et standardisé lors des nombreuses heures de glace du stage de Poitiers.
Le para hockey souffre de l’urgence. On doit progresser vite lors de créneaux de glace de plus en plus courts et de plus en plus rares. Donc pour avancer sur tes choix sur le matériel, tu es vite contraint d’écouter les conseils d’un gars un peu plus expérimenté que toi ou au charisme certain qui peut t’annoncer sans sourciller : »il te faut des crosses de cette marque de cette longueur ! ».
Faites votre avis
Avec le temps j’ai pu m’offrir des crosses Warrior dites classiques, une autre paire de Warrior dites Closed et enfin, dernièrement, une paire de Bauer. Avec cette gamme, j’ai une couverture de caractéristiques qui me permettent d’avoir une certaine quantité d’options possibles. Il me manque les crosses de moyenne gamme comme les Nordic, Pro Lite ou Velocity Pro avec lesquelles j’aurais pu tester les palettes fines, par exemple, mais dont la fragilité observée m’a refroidi un peu.
La crosse est composée de trois parties : la palette, le baton et les picks.

Les picks
Nécéssaires à la propulsion du joueur, contact entre la crosse et la glace. Deux par crosse, un de chaque coté du baton. Ils sont fixés à la crosses par deux boulons. Les picks standards sont composés de 4 piquants.

On place un morceau de plastique ou de bois entre les pics à l’intérieur de la crosse en carbone car le baton est vide. Le baton est fragile en compression. je pense qu’il participe à la gestion des vibrations dans la crosses mais c’est à creuser.

Leur forme asymétrique décale un des piquants sur l’avant de la crosse est ainsi permet au joueur de conserver de l’adhérence même lorsqu’il pique presque le poing au sol, la crosse horizontale.

L’inclinaison des picks sur la crosse a parfois été sujette à interprétation en fonction des envies. Mais pour avoir testé différentes manières de les placer, le gabarit vendu par Unique Invention, le leader mondial en termes de matériel de parahockey sur glace, reste le plus standard et fiable.
Plusieurs alternatives ont été proposées aux picks made by Unique Invention, mais après plusieurs essais, je n’ai pas trouvé de picks aussi fiables dans le temps. Les contrefaçons, copies ou autres modèles n’ont pas la même rigidité et longévité. Ils rouillent, se tordent ou s’usent bien plus vite. Je serais curieux de connaître la composition du métal utilisé.
Le manche
Est la partie située entre les picks et la palette. Le bâton en français. Neufs, ils font généralement entre 50 et 55 cm de long selon les marques, de forme rectangulaire de 2 cm sur 3 cm. Apparemment, il existe plusieurs rigidités, mais je n’ai pas encore l’expertise ni eu l’occasion de tester ces différences.
La longueur
Vaste sujet qui offre encore beaucoup d’avis. Quand j’ai débuté, il fallait couper le bâton afin que la crosse fasse la hauteur entre nos mains et la glace lorsque nos bras étaient tendus horizontalement. Dernièrement, on m’a dit qu’elle devait arriver sous le bras. On peut voir aujourd’hui, Declan Farmer, l’attaquant américain le plus prolifique de sa génération, jouer avec des crosses qui lui arrivent à hauteur des yeux…
Je n’aime pas couper. En tant qu’amputé, je sais que c’est définitif. Donc, lorsque j’ai eu un peu d’assurance dans mes choix, j’ai décidé de conserver la longueur dans un premier temps. Puis j’ai vu que les Américains faisaient des tests de longueur de crosses. Je n’ai jamais vu les résultats, mais depuis, j’observe qu’ils ne coupent plus leurs crosses systématiquement. Certains Tchèques non plus.
Le grip
Certains bâtons sont recouverts d’une sorte de vernis qui offre de l’accroche. Le gant est plus solidaire avec celui-ci, il glisse moins. Pour une utilisation où la main ne fait que monter en haut de la palette pour se propulser et descendre aux picks pour manier le palet, on pourrait penser que le grip est un frein. Mais l’absence totale de grip facilite aussi la glisse et donc la perte de crosse. Certains joueurs rajoutent du grip à leur bâton avec du tape (adhésif tissé), souvent pour une question de repère pour placer sa main en fonction de l’action en cours. Certains le badigeonnent de talc pour annuler le grip.
La palette
La palette est sans doute la partie la plus importante de la crosse. Elle doit permettre de manier le palet, shooter, faire des passes du coup droit ou du revers et surtout offrir une bonne préhension de la main lorsqu’on s’appuie dessus pour avancer.

La largeur est importante en fonction de la morphologie du joueur. On pourrait penser que petites mains = petites palettes, mais je ne pense pas avoir de longues mains. Il est vrai qu’au début, avec les palettes larges des Warrior Classiques, la préhension n’a pas été naturelle car la palette ne se place pas naturellement entre le creux du pouce et le premier pli de phalanges. Mais mon côté stoïcien m’a forcé à l’accepter et à développer une prise moins ferme. Mais encore une fois, dans un jeu où la main ne fait que bouger le long de cette crosse, la saisir avec légèreté n’est-elle pas la bienvenue ?
La longueur de la palette fait, pour les modèles que je possède, entre 37 et 40 cm.

Lorsqu’on fait une passe ou un tir, on ne fait pas que taper le palet avec la crosse. On le fait rouler du talon au bout de la palette pour lui donner de la vitesse et une trajectoire. Vous comprenez maintenant que la courbure de la palette a son importance, car en quittant le bout de la crosse, celle-ci va donner au palet sa trajectoire et sa vitesse. La forme « closed » offre un haut de palette qui se referme. Cela va donc ramener le palet un peu vers le sol, alors que la « open » le poussera vers le ciel.
Le tape
C’est un adhésif tissé qu’on appose sur la palette afin d’offrir plus d’accroche au palet lorsqu’il fait son petit chemin le long de celle-ci.
La couleur est une croyance mystique dans le milieu. Il se dit que le blanc accroche mieux. Alors que le noir offre plus de camouflage lorsqu’il est au coeur de la palette. Pas très rationnel tout ça. Une chose est sûre, il est nécéssaire. Et le débat sur la couleur ne fait de mal à personne. Je veux dire qu’il ne pousse personne vers un mauvais choix qui lui fera perdre du temps ou de la performance. Faites comme vous préférez.
La plus part des joueurs tape leur crosses de manière perpendiculaire à la palette. Il l’enroule de tape du talon à son bout.
Dernièrement, une autre méthode est apparue dans le para hockey sur glace. Le mode fainéant, dirais-je, que j’ai adopté. Il suffit d’apposer du tape sur la longueur de la crosse.

Le tapage traditionnel est parfait. Pourquoi ai-je adopté celui-ci dans ce cas ? J’ai d’abord vu cette méthode chez de grands joueurs tchèques et allemands. Il est beaucoup plus simple à faire et prend beaucoup moins de temps. Choix de fainéant donc, mais qui a ses avantages. Je ne le faisais pas assez avant. Je le fais beaucoup plus souvent maintenant, ce qui m’offre une meilleure performance si l’on va dans les détails. Autre avantage : le fait de ne pas avoir de tape sur la face « tranchante » de la palette offre moins de grip et facilite la montée et la descente de main. Enfin, mais ça reste à vérifier, je suspecte moins d’usure de gant due au frottement. Désavantage : les crosses s’abîment plus vite au contact de la glace ou des autres crosses.
Conclusion
Voici les données et mes quelques expériences sur les crosses. Je n’ai pas vraiment de préférences parmi les trois crosses testées. La Warrior Classique offre une robustesse à toute épreuve. La Warrior Closed est vraiment très légère. La courbure fermée ne varie pas tellement mes caractéristiques de tir et de passe, ou je ne les ai pas encore repérées. Les Bauer semblent être un mélange des deux. Plus légères que les Warrior Classiques, elles sont les plus longues des trois. Mais leur courbure presque extrême impose une position des mains plus fermée en propulsion et beaucoup plus d’exigences sur le tir. Je pense avoir eu l’occasion de faire un tir parfait avec celles-ci, une fois, et la vitesse du palet m’a assez impressionné.
La majorité des grandes équipes et joueurs du top 8 mondial que nous verrons aux Jeux Paralympiques de Milan en mars 2026 jouent en Warrior classiques. Est-ce qu’il y a d’autres questions à se poser alors dans notre choix ? Je dirais que oui. Car qu’est-ce qui leur a imposé ce choix ? Le gars du vestiaire ? Un sponsoring ? Bref, faites le vôtre dans ce sport fou où tout est urgent, mais à travers lequel il faut garder patience. Et puis vous ne serez pas tributaire d’une marque ou d’un modèle.
Et qui sait, un nouveau choix va peut-être s’imposer bientôt. Quelle surprise énigmatique de voir Declan Farmer, meilleur attaquant du monde, encore une fois, au sein d’une équipe aux crosses standardisées, apparaître sur les réseaux avec une paire de CCM. Marque qui avait disparu de l’offre de crosses de para-hockey sur glace.
